Œuvres

Pour commencer, il y a le plaisir de voir.

Le plaisir de voir les choses de la nature, donné à tous, est interprété par chacun à sa guise ou à sa convenance.
Qui est attentif à la qualité du bleu du ciel?
Qui perçoit la sensation de légèreté que la lumière donne le soir en rasant les collines?
Qui d’autre n’aura pas pu s’empêcher de trouver belle cette mouche?
Parce qu’elle se sera posée là, à cet instant précis, et qu’elle était si bleue…
Et qui, à la nuit tombée et par la seule lueur des étoiles, se sera fait une image fantastique des quelques branches qui bordent le chemin?
Qui, enfin, aura préféré boire l’eau de la source plutôt que le vin parce que celle-ci, pour reprendre l’idée de Jean Giono, était si pleine de sensations et d’évocations?

Puis vient le plaisir de faire.

Pour donner une réponse à tout ce que donne le plaisir de voir.
Que pouvons-nous faire pour partager de telles découvertes qui sont, sans doute, le fait d’une solitude?
Il y a la description, le portrait, la photographie.
Mais après… une description, si exhaustive soit-elle, restitue-t-elle vraiment l’émotion ressentie face à la chose, l’être, le phénomène?
Est-ce là seulement la façon de conserver cette vision, de la transmettre, de la partager?
Je pense que non. Je pense au contraire que de tels procédés nous ramènent à nous même, visent l’introspection.
Le plaisir de voir est pour moi une poussée vers l’extérieur. Et voici l’objet de mon travail.

Je veux montrer la joie de voir.

J’ai commencé à « croquer » sur le motif dès que j’en ai eu l’occasion, avec un carnet et un simple crayon, en voyage ou autour de chez moi, avec toujours le même appétit de découverte.
Au bout d’un temps, j’ai trouvé en atelier les conditions favorables à cette exploration.
Pourquoi ce que je fais n’est-il pas tout à fait abstrait?
C’est que je travaille à l’œil et que ce n’est pas le résultat d’une pensée seulement cérébrale.
C’est abstrait dans le sens où je m’abstiens de représenter quelque chose dans mes compositions.
ça ne l’est pas dans la mesure où ce qui m’importe en composant (lumière, couleur, forme, ampleur, etc.) sont des phénomènes bien concrets. Ils ont leur place dans notre quotidien et dans nos rêves.
L’art a pour objet de montrer. Un tableau n’est pas à regarder comme un objet bien fait, c’est une fenêtre. C’est le monde sur lequel s’ouvre cette fenêtre qu’il s’agit de regarder.
Le tableau se construit. Il faut d’abord trouver une entrée dans la feuille blanche. Les éléments s’apposent et se superposent. Cela continue jusqu’à ce qu’un ensemble de formes soit décelé. C’est le moment où la gestuelle devient l’acte créateur primordial. Par un jeu d’estompe et d’ajout de matière, les formes cherchent leur cohésion avec le fond. La gestuelle me donne la possibilité d’un acte sincère, jubilatoire et réactif. Des couleurs s’inventent, d’autres s’affirment. Des lumières se placent, une atmosphère se crée.

Il se termine à la manière d’une improvisation musicale: quand on n’a plus rien à ajouter.

Ainsi je montre le résultat d’une recherche pour laquelle le travail est au service de la joie et où le plaisir de voir est un préambule à une expérience plus entière de la vie.